Liberté et psychiatrie

L’infirmière en psychiatrie aujourd’hui

lundi 11 juin 2007 par Jean-Michel SEYMOUR

Evoquer la place de l’infirmière, et de l’infirmier, c’est avant tout se référer à l’Histoire de la profession et à celle de la discipline.

Un diagnostic pertinent du dispositif de soin et du parcours du « patient-usager » permet de situer le rôle de l’infirmière et de ses collaborateurs dans cet univers malmené.

L’évolution suivie par la psychiatrie ces dernières années a immanquablement influencé l’exercice de la profession d’infirmier.

La profession s’est adaptée dans ses pratiques et s’est structurée. Nous sommes passés du statut de la « religieuse devouée » et du « gardien de fous », pour ce qui est de l’infirmier psychiatrique, au professionnel de santé doté d’un rôle propre avec sa capacité d’initiative. Et si les directives des autorités publiques aujourd’hui replacent la discipline psychiatrique dans un champ plus vaste, il appartient à l’infirmier de définir la place qu’il peut occuper dans ce dispositif et de développer ses capacités d’innovation.

 LE SOIN INFIRMIER

Evolution depuis le moyen âge

Du 13ème siècle au 18ème siècle le métier infirmier était orienté vers le contrôle des maladies infectieuses et la lutte pour la salubrité, dans le cadre d’une vision sacerdotale de l’activité soignante. L’évolution des connaissances et des savoir-faire a permis de développer, depuis la fin du 19ème siècle, de nouvelles techniques d’exploration thérapeutiques ou d’intervention.

La pensée infirmière s’est structurée. Aujourd’hui, le concept de soins infirmiers et donc la pratique soignante trouve son fondement dans les règles professionnelles et dans le cadre philosophique, les modèles conceptuels et théoriques infirmiers

On peut définir les soins infirmiers comme une science et un art moral. Une science qui fait appel à un savoir disciplinaire (connaissances) propre aux infirmiers, mais aussi un art, puisque le soin touche aux savoirs esthétiques et éthiques. La science infirmière fait référence au corpus de connaissances préalables à un soin infirmier qui constitue une vision plus large et renforcée de l’aspect scientifique à la base de tout soin.

Quelques concepts de la discipline infirmière

Les soins infirmiers s’articulent autour de quatre concepts centraux : la personne, le soin, la santé et l’environnement. Ainsi, le rôle de l’infirmier est de soigner une personne qui, en interaction continue avec son environnement, vit des expériences de santé.

Les interventions infirmières peuvent être à visée thérapeutique, préventive ou diagnostique. Elles sont effectuées par un infirmier auprès d’un patient et de sa famille.

On distingue le rôle propre, qui regroupe tous les soins décidés de manière autonome par l’infirmier et sont basés sur des compétences théoriques et pratiques, du rôle médico-délégué (rôle de l’infirmier en collaboration avec d’autres professionnels de la santé). Ils se réfèrent au décret n° 2004-802 du 29 juillet 2004 article R4311-5 et R4311-6 du décret de compétences infirmières. Le rôle médico-délégué qui lui décrit l’habilitation de l’infirmier à faire des gestes sur prescriptions médicales (article R4311-9).

 LA PSYCHIATRIE

A travers l’histoire

La psychiatrie est la discipline médicale qui s’occupe du diagnostic, de la prévention et du traitement des troubles mentaux des enfants et des adultes. Depuis la Révolution française elle s’est érigée en discipline médicale. Le « fou » est devenu un malade.

L’évolution s’est faite avec l’école française de Pinel à Henri Ey. Après la seconde guerre mondiale les hôpitaux psychiatriques ont développé une politique de vie en autarcie. Dans de nombreux établissements étaient apparus des fermes, des jardins… La psychothérapie institutionnelle était née.

Dans les années 1970, la politique de secteur s’est développée. Elle a fait suite au processus d’externalisation et de désinstitutionalisation entrepris : moins de lits dans les services, davantage de structures alternatives à l’hospitalisation.

Situation de la psychiatrie

Aujourd’hui, en France, la situation de la psychiatrie reste préoccupante. En effet, si le recours au psychiatre ne se justifiait jusqu’alors qu’en cas de maladie mentale avérée, on lui demande de plus en plus souvent de prendre en charge les détresses sociales, les accidents de la vie, la prévention... La demande augmente alors que la démographie connaît une chute du nombre de professionnels.

Le Rapport Piel et Roelandt en 2001 préconise quelques adaptations du dispositif. Il propose notamment de mener la politique de sectorisation à son terme en passant de la psychiatrie à la santé mentale, de développer une politique de prévention de soins et de réinsertion des malades dans la communauté par une pratique de réseau.

Cette révolution nécessite une redéfinition des rôles des différents soignants, notamment celui des infirmiers. Il s’agit d’aller vers les personnes souffrantes avec les professionnels sanitaires, médico sociaux et sociaux, de promouvoir une logique de type réseau plutôt que de type institutionnel.

En 2005, à la suite du drame de Pau, P. Douste Blazy, ministre de la santé, avait dévoilé son plan « santé mentale ». Ce plan fait plusieurs constats et tente d’y apporter des éléments de réponses visant à améliorer le dispositif en place.

L’un des constats concerne les prises en charge ambulatoires au sein des centres médico-psychologiques (C.M.P.). Les C.M.P. sont présentés comme les pivots du dispositif de soins en psychiatrie autour desquels s’organisent toutes les actions extra hospitalières, en articulation avec l’hospitalisation temps plein. Ce sont des unités de coordination et d’accueil en milieu ouvert, ils organisent les actions de prévention, de diagnostics, de soins ambulatoires et d’interventions à domicile. Ils doivent, en principe, garantir un maillage territorial de qualité. Pourtant, ils gardent encore trop peu de visibilité pour la population, ce qui nuit à leur fréquentation et à leur efficacité. Leurs partenariats avec d’autres structures, sociales notamment, ne sont pas suffisamment développés, leurs liens avec l’hôpital ne sont pas affirmés.

La consolidation du maillage territorial et le rôle des C.M.P. dans l’accès aux soins de proximité, au titre de la prévention, du diagnostic, des soins et de la coordination avec les autres acteurs, devraient être renforcés. Les prises en charge extra hospitalière devraient se développer et se diversifier, y compris dans le cadre des interventions à domicile.

Les besoins

Les unités d’hospitalisation temps plein sont confrontées à un manque de disponibilité en lits. Les personnels se retrouvent à faire de la circulation entre des étages d’hospitalisation et des unités de secteur, ou encore entre des hôpitaux d’accueil et des hôpitaux de secteur. Pourtant, cette indisponibilité n’est pas uniquement liée à la baisse généralisée du nombre de lits mais aussi à une insuffisance de développement des alternatives à l’hospitalisation, ou encore à une insuffisance dans le développement des actions de prévention à partir des C.M.P.

Des patients sont contraints d’occuper des lits en hospitalisation aiguë faute de places pour les accueillir dans des structures en amont et en aval.

Les réponses aux besoins de santé mentale restent encore trop cloisonnées entre les différents champs institutionnels, alors que la prise en charge globale des personnes présentant un trouble mental suppose une bonne coordination des interventions, chacun dans sa singularité. Le développement du travail en réseau favoriserait la rupture de l’isolement et fédérerait l’ensemble des professionnels concernés afin de créer les conditions d’un partage de compétences dans un cadre partenarial centré autour des besoins de l’usager.

Le schéma régional d’organisation sanitaire et social reprend les mêmes constats et préconisent les mêmes orientations. Il insiste sur le renforcement du potentiel ambulatoire par le développement d’activités de soins diversifiées et l’adaptation des modalités de prise en charge.

Comment imaginer le parcours de l’usager dans le dispositif actuel ?

Soins Psychiatrie N°250, Mai/Juin 2007, page 31 à 34. Editions Elsevier-Masson.


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