Liberté et psychiatrie

L’infirmière en psychiatrie aujourd’hui

lundi 11 juin 2007 par Jean-Michel SEYMOUR

Evoquer la place de l’infirmière, et de l’infirmier, c’est avant tout se référer à l’Histoire de la profession et à celle de la discipline.

Un diagnostic pertinent du dispositif de soin et du parcours du « patient-usager » permet de situer le rôle de l’infirmière et de ses collaborateurs dans cet univers malmené.

 LE PARCOURS DU PATIENT

Le patient, ou plutôt l’usager, évolue aujourd’hui au sein d’un dispositif de soins qui tarde encore à se moderniser et à s’adapter.

Son premier contact avec la psychiatrie se fait essentiellement à partir d’une hospitalisation au décours d’une rupture de son équilibre de vie. Il se retrouve alors dans un contexte hospitalier, souvent lourd d’exigences administratives et réglementaires.

Malgré les efforts consentis pour ne pas entraver sa liberté individuelle, il peut se retrouver avec d’autres patients atteints de pathologies invalidantes, hospitalisés sans leur consentement, et pour qui la liberté d’aller et venir est restreinte.

D’autres fois, avant de se retrouver en contact avec l’équipe qui va assurer ses soins, il aura parcouru d’autres services, voire d’autres établissements, faute de place disponible au sein de son hôpital d’accueil.

Une fois installé et accueilli, la disponibilité des personnels soignants à son égard sera très souvent fonction des autres personnes hospitalisées :

  • des personnes grabataires hospitalisées depuis plus de six mois en attente longue d’une structure adaptée à leur handicap et qui nécessitent des soins d’hygiène et de confort, importants certes, mais sans grand rapport avec une affection psychiatrique avérée
  • d’autres personnes pour lesquelles les manifestations des troubles se font principalement sur le mode de l’agitation et de l’agressivité
  • des personnes âgées en attente de maison de retraite et pour qui le retour à domicile présenterait un risque majeur d’isolement et de rechute lorsqu’ils disposent encore d’un logement décent.

Le déroulement de son hospitalisation se fera autour d’une prise en charge diversifiée par les médecins, les infirmiers, l’assistante sociale,les ergothérapeutes et les psychomotriciens intervenant dans le service d’hospitalisation. Chaque professionnel assurant les soins relevant de son champ de compétences.

S’il a la chance de disposer d’un logement, d’un environnement familial favorable et d’une couverture sociale convenable, l’organisation de la poursuite de ses soins sera facilitée. Dans le cas contraire les interventions de professionnels du champ social s’avéreront nécessaires. Un long travail de coordination et de recherche de solution adaptée débutera. Dans l’attente, il restera dans la majorité des cas en hospitalisation jusqu’à la résolution de ses difficultés.

Une fois stabilisé, si toutefois quelques jours d’hospitalisation étaient nécessaires pour parfaire sa stabilité, il sera invité à sortir avant la date prévue du fait de la demande pressante de place en hospitalisation. Les demandes en maisons de convalescence opposant souvent des refus d’admission, faute de place, ou simplement par idées reçues du patient issu de la psychiatrie.

Le personnel y percevra un certain inachèvement dans ses capacités d’interventions.

Les services d’hospitalisation sont aujourd’hui confrontés à cette réalité : le paradoxe entre les soins prodigués et l’absence, ou plutôt l’insuffisance, de structures de suite en aval de l’hospitalisation.

Au regard des constats faits par les professionnels et les pouvoirs publics, face aux analyses qui en ont été faites et aux améliorations préconisées, on peut en ressortir la nécessité d’une orientation allant dans le champ de la prévention et, à ce titre, une dynamique nouvelle au sein même des secteurs de psychiatrie en associant l’ensemble des professionnels, chacun dans ses prérogatives réglementaires. Cette nouvelle dynamique s’entend notamment au niveau des professionnels infirmiers.

 LA CONTRIBUTION INFIRMIERE

Dans ces nouvelles orientations, l’infirmier doit pouvoir trouver sa place.

Son engagement et sa détermination ne peuvent plus se contenter d’un investissement uniquement centré sur son unité fonctionnelle. Il serait plus profitable, pour lui certes mais aussi pour l’usager, qu’il élargisse son regard en direction des autres professionnels amenés à participer à la prise en charge de la maladie mentale.

Il ne détient pas le monopole du soin mais participe plutôt, avec son expérience et ses capacités, à la coordination soignante autour de l’usager

L’usager citoyen a un projet de vie. Il le conduit à son rythme, avec ses capacités,ses doutes. Il évolue au milieu d’un système organisé duquel il tire profit des apports positifs propres à son projet. Il y trouve son équilibre.

La rencontre avec la maladie et la rupture avec cet équilibre conditionnent le recours au dispositif de soin. Cette rencontre va constituer une parenthèse dans son parcours de vie avant le retour vers la poursuite de son projet.

Qu’il s’agisse alors de l’hôpital, pour le traitement de la période de crise, ou même des structures alternatives (C.M.P., C.A.T.T.P…), il va évoluer au sein du dispositif. Charge alors aux professionnels du système de soins de mettre en œuvre leurs capacités et leurs compétences à destination de l’usager. Le patient ne leurs appartient pas. Il attend des professionnels une coordination efficace à sa prise en charge.

Pour ce faire, l’infirmier a à sa disposition un outil de résolution de problèmes : la démarche de soins. Intégrée dans une démarche qualité, elle fait ressortir, à partir d’un recueil de données, une analyse de la situation et des objectifs de soins qui visent à remettre le patient en santé.

En partant de ces objectifs, l’infirmier met en œuvre des actions de soins en coordination avec les autres professionnels de santé. Son action vient en complémentarité de celles des autres professionnels. Il ne peut travailler seul au risque d’être inefficace mais surtout d’être isolé et de s’enfermer dans des pratiques révolues.

L’obligation de formation de tout infirmier est la garantie pour l’usager d’être toujours pris en charge selon les connaissances les plus récentes.

L’essor et l’émancipation de la profession passe encore par des actions de recherche dans le domaine du soin infirmier. Elle tarde encore à se faire jour en psychiatrie. A titre d’exemple on pourrait réfléchir au développement de l’hospitalisation à domicile. Elle se démarquerait bien évidemment de la visite à domicile, très répandue, et pour laquelle la lisibilité reste un peu floue. L’écriture des pratiques professionnelles infirmières demande aussi à se poursuivre. L’exigence du public se lit au travers des démarches de certification des établissements de santé.

Il n’est pas question de dire dans ces lignes que l’infirmier travaille mal. Non, il est plutôt question d’interpeller le professionnel dans ce qu’il est, à savoir un soignant évoluant dans un dispositif. De lui l’usager attend autant que d’un autre soignant. Et, devant les évolutions du système de soin, une réflexion s’impose sur sa pratique actuelle et les champs qui lui restent encore à explorer, toujours dans le but de servir le public.

La mise en place d’actions de prévention à destination du public devient primordiale, les actions d’éducation à la santé en direction des usagers sont une activité infirmière à développer. Ce sont là les attentes du public envers les infirmiers. La recherche dans ce domaine ne demanderait sans doute qu’à se développer et à se diversifier.

Soins Psychiatrie N°250, Mai/Juin 2007, page 31 à 34. Editions Elsevier-Masson.


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