En psychiatrie, la pluri-professionnalité a trop longtemps été synonyme de rivalité entre professionnels, chacun voulant faire sa place au sein des équipes soignantes.
Le décret de compétences des infirmiers les a consacrés à pouvoir s’occuper de tout et en a fait à la fois des éducateurs spécialisés, des ergothérapeutes, des psychomotriciens, voire même parfois des assistantes sociales. L’infirmier de secteur psychiatrique, longtemps seul soignant, a trop souvent été poussé à occuper tous les espaces en proposant aux patients des groupes de parole, des groupes à médiations corporelles, artistiques, manuelles ou socioculturelles.
UNE TENTATION D’OMNIPOTENCE
Trop d’infirmiers de secteur psychiatrique s’abritent encore derrière leur rôle propre pour justifier certaines de leurs pratiques. La polyvalence infirmière ouvre la voie aux glissements de tâches et à la tentation de l’omnipotence sur la vie des patients. Il arrive que l’infirmier empiète sur des prescriptions d’ergothérapie et de psychomotricité qui visent à mobiliser l’individu à d’autres niveaux d’autonomie : cognitif, émotionnel, corporel et social. Personne n’a le monopole de l’intention soignante et de la gratitude de ceux qui sont soignés.
S’APPUYER SUR LES AUTRES SPÉCIALITÉS
Depuis plus de vingt ans d’autres professions se sont développées, telles que l’ergothérapie et la psychomotricité qui apportent chacune leur spécificité. Ces professionnels ont une approche du soin différente. Ils utilisent des médiations artistiques et corporelles pour lesquelles ils ont été formés et qu’ils ont expérimenté eux-mêmes. Les ergothérapeutes et les psychomotriciens ont les compétences pour atteindre des objectifs précis. Les infirmiers ne peuvent plus aujourd’hui s’approprier la globalité de la prise en charge. Ils ne peuvent pas être compétents dans tous les domaines, même si certains excellent dans une activité artistique.
Les infirmiers de secteur psychiatrique devraient prendre en compte ces professions spécialisées dont le contenu des formations, tant théorico-cliniques que pratiques dans le domaine de la psychiatrie, est à la hauteur de leurs espérances.
COMPLÉMENTARITÉ ET NON RIVALITÉ
Malheureusement l’arrivée de ces nouveaux professionnels n’a pas toujours été bien vécue par les équipes infirmières qui ont vu parfois en eux des rivaux pouvant leur retirer l’un des aspects les plus agréables de leur travail. Il ne s’agit pourtant pas de réduire le travail infirmier aux trois P (piqures, pilules, pansements). Les infirmiers ont leur place dans des groupes à médiation thérapeutique, comme le prévoit d’ailleurs leur décret de compétences. Il s’agit simplement de pouvoir travailler ensemble, en complémentarité, chacun apportant son expérience et son savoir-faire. C’est cela la pluri-professionnalité.
CONCLUSION
Les patients se situent au-delà du débat qui enfermerait les soins dans une querelle d’intérêts. Tous les soignants doivent œuvrer au bien-être des malades et accepter d’être confrontés à leurs propres limites tant du point de vue professionnel que personnel.
Face à la pénurie actuelle d’infirmiers en psychiatrie, le pluri-professionnalisme fait apparaitre de nouveaux horizons dans la prise en charge des usagers. Enrichissons la psychiatrie de nos différences !
