Liberté et psychiatrie

Réforme de l’hospitalisation d’office et sécurisation des hôpitaux psychiatriques

dimanche 31 mai 2009 par Frédéric VACHER

L’hôpital psychiatrique est un environnement rude qui prend en charge des patients difficiles à traiter et ne pouvant pas toujours accepter les soins. L’exercice professionnel est constitué de pratiques riches et complexes qui confrontent les personnels à la violence et à de fréquentes réadmissions de patients pour lesquels ils se demandent si leur place y est vraiment adéquate.

 La reconnaissance des personnels

Les soignants sont ceux qui connaissent le mieux et le plus intimement les patients. Leurs paroles et leurs savoir-faire sont les clés de la réussite pour guérir les malades en les aidant à établir une relation qui les ouvre aux autres. La société a besoin des soignants qui œuvrent dans les hôpitaux psychiatriques. C’est aux pouvoirs publics de s’engager pour leur reconnaissance afin que ce ne soient pas les faits divers, mettant en cause des patients qui leur sont confiés, qui fassent parler d’eux. Les faits divers ne doivent pas remettre en cause leurs compétences, leur dévouement et les services qu’ils rendent à la société. Par ailleurs, l’hôpital psychiatrique est souvent incompris et rarement reconnu.

 La protection nécessaire de la société

Les faits divers dramatiques interrogent régulièrement l’organisation du système de soins et des prises en charge en psychiatrie. Le meurtre d’un étudiant, en novembre dernier, par un malade qui avait fugué de l’Hôpital de Saint-Égrève (38) [1], ne peut pas être imputé à la seule fatalité. Alors même qu’il avait déjà commis plusieurs agressions graves dans les murs et hors des murs de l’hôpital psychiatrique, ce patient bénéficiait de deux sorties d’essai par semaine et aucune mesure particulière n’avait été prise.

La place des malades n’est cependant pas en prison. En effet, l’enfermement et l’appréciation froide des risques pour la société ne sont pas des solutions. Mais le rôle des praticiens et des soignants en tant qu’inconditionnels du malade et de sa guérison ne peut pas être mis sur le même plan que celui de l’État dont la mission est de garantir la protection de la société et de ses concitoyens. L’espérance, parfois ténue, d’un retour à la vie normale ne peut pas primer en toutes circonstances sur la protection des citoyens. C’est dans la rencontre de ces deux responsabilités que sera trouvé le bon équilibre entre la réinsertion d’une personne malade et la protection de la société.

 Un plan de sécurisation des hôpitaux psychiatriques

Nicolas Sarkozy, lors de sa visite au Centre hospitalier Erasme à Antony (92) le 2 décembre dernier, a présenté les moyens qui seraient mis en oeuvre pour sécuriser les établissements psychiatriques.

Les patients potentiellement dangereux doivent être soumis à une surveillance, selon le président de la République, afin d’empêcher un éventuel passage à l’acte, y compris pour ceux dont l’état s’est stabilisé depuis un certain temps mais qui peuvent soudainement redevenir dangereux. Ce postulat impose une augmentation des moyens pour améliorer la sécurité et la protection, tant celles des personnels des hôpitaux psychiatriques que celles des familles qui supportent le risque de la dangerosité au quotidien. Le plan de sécurisation des hôpitaux psychiatriques prévoit un investissement de 30 millions d’euros. Ils seront affectés à un meilleur contrôle des entrées et des sorties des établissements et à la prévention des fugues lorsqu’un patient en hospitalisation d’office sort du périmètre autorisé par son médecin.

De plus, certains patients hospitalisés sans leur consentement seront équipés d’un dispositif de géolocalisation qui, en cas de fugue, déclenchera une alerte permettant d’informer immédiatement l’équipe soignante. Ce type de dispositif, déjà utilisé pour les patients atteints de la maladie d’Alzheimer, a pour but de rassurer les personnels tout en allégeant leur tâche. Par ailleurs, une unité fermée sera créée dans chaque établissement qui le nécessite. Elle sera équipée de portes sécurisées et de systèmes de vidéo-surveillance pour contrôler les allées et venues. L’aménagement de 200 chambres d’isolement pour les malades qui peuvent avoir des accès de violence envers le personnel, sans toutefois relever des unités pour malades difficiles (UMD), achèvera de combler un vide dans cet espace intermédiaire. Enfin, un investissement de 40 millions d’euros sera employé à la création de quatre unités de 40 lits chacune et 22 millions d’euros supplémentaires seront affectés à leur fonctionnement.

 L’obligation de soins ambulatoires sans consentement

Un projet de loi visant à réformer les procédures de l’hospitalisation d’office, soit 13 % de celles qui exigent le plus de précautions, va être étudié. Le but de cette réforme est de trouver le bon équilibre entre le “tout angélique” et le “tout sécuritaire” en alliant qualité des soins et sécurité des personnes. Ce projet devra également, comme c’est le cas en milieu psychiatrique, instaurer une obligation de soins ambulatoires sans consentement, puisque 80 % des malades sont suivis en ville. Personne ne peut admettre qu’un patient, dans son intérêt et celui de sa famille, soit laissé seul sans les soins requis en vertu de la seule liberté qu’il peut avoir de se détruire.

De la même façon, les sorties des patients, absolument nécessaires, doivent être mieux encadrées. Les décisions de sorties concernant les personnes en hospitalisation d’office ne doivent pas être prises à la légère. En cas de sorties d’essai ou définitives un avis de trois soignants devra être rendu : le psychiatre traitant, le cadre de santé qui connaît le malade et ses habitudes et un psychiatre qui ne connaît pas le patient, y compris les psychiatres libéraux. Dans tous les cas, l’exercice collégial doit être la clé de la réforme. L’avis des experts est indispensable mais il doit être confronté à d’autres convictions pour mesurer les intérêts contradictoires. La décision finale doit être prise par l’État, représenté par le préfet, ou dans certains cas par la justice.

 L’hôpital psychiatrique et le soclété

Comme tous les hôpitaux, l’hôpital psychiatrique doit être une des composantes du service public de l’hospitalisation. Il doit se sentir concerné par les réformes.Les moyens qui lui ont déjà été alloués et ceux qui le seront doivent aussi être mis au service de la réforme. L’hôpital psychiatrique doit mieux gérer les urgences et rendre plus fluide le parcours du patient. Dans le même temps, il doit être capable de rendre les carrières et les métiers plus attractifs en développant des passerelles avec les autres secteurs de l’hospitalisation, sans prendre le risque de la ghettoïsation.

Le bien-être des personnels, comme celui des malades, ne doit pas être négligé. L’hospitalisation psychiatrique doit protéger mais aussi être plus transparente. Ce qui se passe dans les hôpitaux psychiatriques ne doit pas être mystérieux. L’hôpital psychiatrique est un besoin, une nécessité qui ne doit pas faire peur. La psychiatrie est trop importante pour être oubliée ou se perdre dans des débats d’écoles, de sectes ou d’idéologies. Elle doit progresser et travailler à prévenir les drames qui traumatisent les personnels et les médecins.

Enfin, le patient est une personne humaine que sa maladie ne fait que rendre plus humaine encore. En outre, un hôpital ne sera jamais une prison. Et, de la même façon que les malades incarcérés sont un scandale, les gens dangereux dans la rue en sont un autre. Le système doit évoluer pour trouver le bon équilibre de la trilogie constituée par la prison, l’hôpital et la rue

Soins Psychiatrie N°260, Janvier/Février 2009, page 5-7. Editions Elsevier-Masson.

[1] AFP. Meurtre de Grenoble : l’état mental du déséquilibré compatible avec sa mise en examen. Le Monde, 18 novembre 2008.


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