Liberté et psychiatrie

Le souci de l’humain, un défi pour la psychiatrie

samedi 30 mai 2009 par Frédéric VACHER

Fondée en 1958 par trois médecins, Philippe Paumelle, Serge Lebovici et René Diatkine, l’Association de santé mentale (ASM 13) participe au mouvement de la psychothérapie institutionnelle qui conçoit l’hôpital, non comme un espace de réclusion, mais comme un collectif de soins continus. En permettant des soins au plus près des lieux de vie des patients, l’ASM 13 a été pionnière dans le fait de concevoir et de mettre en œuvre dès sa création la politique dite de secteur, officialisée et généralisée à toute la France en 1960. L’ASM 13, à l’occasion de son 50e anniversaire, a organisé un congrès en octobre dernier sur ce thème.

 L’évolution de la psychiatrie

Aujourd’hui, la psychiatrie est sujette à des mutations dont elle n’a plus la maîtrise et craint de ne plus avoir les moyens de se soucier de ce qu’il y a d’humain dans son intention. La psychothérapie institutionnelle sur laquelle, il y a encore quelques années, 70.000infirmiers de secteur psychiatrique avaient assis leurs pratiques, leur savoir-faire et leur philosophie des soins, vit les thérapies comportementales et cognitives, le DSM IV (Diagnostic and Statistical Manual - Revision 4), la certification ou la culture de l’évaluation comme autant de tendances qui mettent en péril tout ce qui avait été construit au cours des cinquante dernières années. Ces craintes, que chacun peut trouver légitimes, ne doivent pourtant pas parasiter la réflexion soignante des jeunes professionnels qui travaillent en psychiatrie. Le maintien artificiel d’ancrages idéologiques surannés finit par marginaliser la psychothérapie institutionnelle, incapable de se recréer et de régénérer sa pensée. L’esprit humain a toujours eu la capacité de s’adapter au monde dans lequel il vit. Sans chercher à reproduire les recettes d’un modèle qui a fait ses preuves, les jeunes infirmiers doivent aujourd’hui suivre leur intuition pour imaginer le contour des soins qui leur paraissent justes et bons.

 De nouveaux thèmes de réflexion

La crise de l’autorité, le droit à la différence ou la transformation des liens sociaux sont autant de mutations anthropologiques qui confrontent la psychiatrie à de nouveaux objets de réflexion. Face à cela, les verbiages pompeux ne sont que des fumigènes trop souvent destinés à tenir cachée l’essence des soins. L’époque dans laquelle nous vivons n’accepte plus les secrets d’un fonctionnement qui s’abrite derrière un discours opaque dont seuls les initiés d’antan possédaient les clés de la compréhension. Les infirmiers d’aujourd’hui ne sont pas plus éloignés que ceux d’hier dans leur intention soignante. Il est légitime de leur laisser la liberté de les adapter au monde dans lequel ils vivent.

 Le rythme la maladie mentale

La société évolue, inexorablement. Le rythme de la maladie mentale et celui de la folie sont parfaitement reconnus par les jeunes infirmiers. Celui qu’ils souhaitent donner aux soins ne reflète pas leur velléité de changer le rythme de la maladie mentale, mais celle d’imprimer à ces soins une vivacité qui soit le reflet de leur époque. Les comportements psychopatiques et les états limites sont les composantes d’une nouvelle réalité psychiatrique qui appelle une évolution dans la conception des soins. Le souci de l’humain n’est pas l’apanage d’une époque. Il reste au cœur de la préoccupation des jeunes soignants.

Soins Psychiatrie N°260, Janvier/Février 2009, page 9. Editions Elsevier-Masson.


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