Les relations humaines sont parfois mises à rude épreuve en psychiatrie. Riches en émotions, les échanges entre soignés et soignants ne s’encombrent pas de faux-semblants.
Aide-soignant en psychiatrie, un professionnel reconnu
L’implantation des aides-soignants en psychiatrie est assez récente [1]. Le nombre d’infirmiers en constante diminution a permis de structurer le métier d’aide-soignant en psychiatrie en diversifiant ses tâches et en lui permettant de faire évoluer son statut positivement.
La fonction d’aide-soignant
Désormais, le rôle des aides-soignants n’est plus cantonné aux seules fonctions d’hygiène et de restauration (accompagnement de patients dans des démarches administratives, sociales et médicales). Il ne s’agit pas d’un glissement de tâche, mais plutôt d’une reconnaissance du travail accompli en amont.
Les médecins, les cadres de santé et les infirmiers comprennent mieux à présent le potentiel des aides-soignants. Une plus grande autonomie leur est accordée. Leurs propos et observations sont pris en considération lors des différentes transmissions, ce qui valorise leur travail. Ils ont pleinement leur place dans la prise en charge du patient en tant que professionnel à part entière au sein d’une équipe pluridisciplinaire.
Les objectifs de soins
Travailler en psychiatrie, c’est accepter un certain flou dans la relation entre soigné et soignant. Ce travail peut être complexe et ingrat. Les résultats ne sont pas toujours probants et, parfois, l’aide-soignant peut douter de l’utilité de ses actions auprès du patient.
D’où l’intérêt et la nécessité de se fixer des objectifs de soins, qui permettent à l’aide-soignant d’accompagner le patient sur le plan de sa souffrance psychique, de son agressivité, voire sa violence, et répondre à ses besoins fondamentaux de base.
Observation et écoute de la souffrance psychique
La souffrance morale est indissociable d’un grand nombre de pathologies mentales et le délire en est souvent la source. Cette souffrance est parfois difficilement palpable et quantifiable et elle laisse le soignant démuni. Il n’est pas rare qu’un patient exprime le fait que l’on ne puisse pas le comprendre. Il est vrai que l’empathie ne suffit pas toujours, tant la douleur psychique et les délires isolent le malade. Cette détresse est responsable de certains passages à l’acte : tentative de suicide, acte de violences auto-agressif ou hétéro-agressif.
L’observation est essentielle pour prévenir ces risques. L’écoute et le dialogue sont également à privilégier. Pendant “l’entretien infirmier”, l’aide-soignant et l’infirmier ont chacun leur rôle à jouer.
Traitement de l’agressivité et de la violence
La mise en œuvre d’une prise en charge “cadrante” n’évite pas toujours les scènes de violence physique et verbale. Les délires et les hallucinations décuplent cette agressivité. Le patient casse le mobilier, se fait menaçant envers le personnel. Souvent, par la suite, il regrette son geste après s’être calmé.
Les traitements médicamenteux prescrits par le médecin ont une grande place dans la prise en charge du patient et de sa pathologie. Ces traitements induisent d’importants effets secondaires et ne soulagent que certains symptômes. Leur bonne observance permet cependant d’apaiser le patient, de diminuer les troubles et de réguler l’humeur.
Le recours à l’utilisation de la chambre d’isolement est possible lorsque la violence du patient met en danger sa sécurité, sa santé ou celle d’autrui, ou qu’il ne peut plus gérer l’afflux de stimulation extérieure.
La mise sous contention peut s’ajouter parfois à cette mesure : des liens de tissu permettent de maintenir la personne allongée sur son lit.
Il appartient au médecin de prescrire ces deux thérapies : isolement et contention car il s’agit bien de soins. Leur utilisation doit être exceptionnelle et temporaire, et ne doit pas servir de sanction.
Répondre aux besoins d’hygiène du patient
Pour aborder la problématique de l’hygiène avec le patient, il faut savoir que certaines maladies mentales ont une incidence sur la représentation de l’image corporelle. Souvent, le patient “dissocié” (inadéquation entre l’esprit et le corps), ou envahi par des angoisses et des délires, place sa propreté au second plan.
En outre, il faut avoir à l’esprit les différentes répercussions de la psychose (la schizophrénie, par exemple), ou des troubles de l’humeur (les troubles bipolaires, par exemple) sur le comportement des patients. Pour certains, la saleté et l’accumulation de vêtements deviennent une protection agissant comme une frontière et représentent autant de carapaces qui font obstacle au contact humain, évitant ainsi toute intrusion dans leur univers.
L’hygiène, ou plus exactement ce qui peut être perçu comme un manque d’hygiène, est un sujet sensible et un dénominateur commun aux pathologies mentales.
Il faut également prendre en compte les moyens matériels dont dispose le patient à son domicile. De nombreux malades vivent dans des conditions difficiles et ont une hygiène peu rigoureuse.
Ainsi, la toilette, en tant que soin de base,prend une tout autre dimension en psychiatrie, et peut être vécue comme une contrainte, surtout en début d’hospitalisation lorsque les troubles sont au plus fort.
Conclusion
Par le travail qu’il accomplit, l’aide-soignant en psychiatrie se place au premier plan dans la prise en charge des patients atteints de troubles mentaux. De ce fait, il est le premier à mesurer la stabilisation de l’état de santé du patient et à recevoir une marque de gratitude de sa part. Ainsi, l’aide-soignant peut constater que son travail est utile.

