La recherche obsessionnelle de la performance confronte de nos jours les entreprises à des limites qu’elles n’auraient sans doute jamais souhaité rencontrer. Le “mal-être”, les dépressions et les suicides sont devenus les nouveaux indicateurs dont les décideurs doivent aujourd’hui tenir compte sous peine de voir l’image de leur entreprise se ternir. L’obsession de la compétitivité, quel qu’en soit le prix, commence à créer dans beaucoup d’entreprises les conditions d’une contre-production. C’est ce qui a été rappelé lors de la 4ème Journée scientifique de l’Institut de veille sanitaire (InVS) en mars dernier.
Les conditions de la performance
La performance est une alchimie qui s’obtient en combinant délicatement les compétences de la ressource humaine, son environnement de travail, sa motivation, les objectifs qui lui sont fixés et les moyens qui lui sont donnés pour les atteindre. Trop souvent, en négligeant leur environnement de travail et en sous-évaluant les moyens mis à leur disposition, les responsables d’entreprises construisent pour leurs salariés les conditions d’un échec assuré tout en exigeant d’eux la réalisation d’objectifs inaccessibles. Ce paradoxe conduit inévitablement les entreprises à une performance qui stagne dans le meilleur des cas et s’effrite dans le pire.
En définitive, les salariés sont les premiers à payer les conséquences d’une telle imprévision. Quelques grandes entreprises françaises se sont ainsi retrouvées récemment sous les feux de l’actualité par le nombre inquiétant de suicides relevés dans leurs centres de recherche ou dans leurs bureaux d’études. Et, même si les enquêtes les ont disculpées sans pouvoir établir de liens directs entre l’activité professionnelle de ces salariés et les raisons qui les avaient conduits au suicide, il n’en demeure pas moins que le stress qu’ils avaient subi sur leur lieu de travail n’avait fait qu’exacerber leur détresse morale.
Le stress au travail
La présence d’un grand nombre de médecins du travail et de responsables d’entreprise à cette Journée scientifi que du département santé-travail de l’Institut de veille sanitaire (InVS) prouve que le stress au travail n’est pas une invention de l’esprit mais une réalité reconnue. Les premiers résultats du programme Samotrace [1] mené par l’InVS dans les régions Centre, Pays de la Loire et Poitou-Charentes permettent de montrer que le “mal-être” est fréquent chez les salariés. Il concerne plus les femmes que les hommes, quels que soient leur secteur d’activité ou leur catégorie professionnelle. Certains secteurs sont plus touchés que d’autres, notamment les activités financières, l’administration publique et la production d’énergie. Chez les cadres, la première source reconnue de stress au travail réside dans l’inadéquation entre ce qui est attendu de leur part et les moyens qui leur sont octroyés pour y parvenir. L’hôpital n’échappe pas à ces injonctions paradoxales.
Les pouvoirs publics attendent de l’hôpital une amélioration de ses performances tout en tergiversant sur les moyens à lui accorder pour y parvenir. La lutte pour la défense d’intérêts catégoriels ou la préservation de pouvoirs séculaires nuisent à toutes les initiatives qui pourraient améliorer les conditions de travail tout en garantissant un niveau plus élevé de compétitivité.
La ressource humaine
La ressource humaine est la première richesse d’une entreprise. Elle est le terreau sur lequel un dirigeant averti va construire la progression et l’évolution de son entreprise. Le désintérêt des conditions de travail que certains dirigeants offrent à leurs salariés est la raison principale d’une contre-performance dans la réalisation des objectifs qu’ils souhaitent atteindre.
L’altération et la dégradation de l’équilibre psychique de la ressource humaine d’une entreprise montrent que la construction d’un environnement favorable de travail est la première des conditions pour retrouver le chemin de l’évolution et de la croissance.

